Vivre une vie d’infographiste freelance #3

J’aurais du écouter ma mère quand dans de longues réflexions elle ma balançait que

“Freelance mon poussin, c’est pas un métier, c’est provisoire hein ? Et puis tu sais tu auras à faire à des clients qui seront pas toujours des copains”

Autant le début de la phrase me fait rire, autant la deuxième nettement moins. Qui pensait que je serais parfois confronté à des clients me demandant de leur décrocher la lune alors qu’ils ne me prêtaient même pas la fusée. Combien de fois suis je partis en combat contre un yéti alors que je n’avais comme arme qu’une pauvre souris (laser certes, mais quand même). Combien de fois je me suis pris des ascenseurs émotifs d’ordre financier grâce aux clients te promettant la même lune (celle que je suis censé leur décrocher, suivez un peu !) alors qu’en fait je me faisais “fuckin fucked in da ass”.

Fuckin fucked in da ass

Fuckin fucked in da ass

Vous savez, la première fois que vous trouvez un client, vous vous sentez un peu comme Chuck Norris mettant un bon coup de pied rotatif dans la tête d’un vilain vendeur de drogue et / ou pas très très patriote dans l’ame. A savoir, la jouissance. Mais c’est au moment précis où vous vous y attendez le moins que frappe un coup que même chuck ne peut contrer : le client.

Votre premier client c’est un peu le roi de VOTRE monde, c’est lui dieu, c’est lui qui dit qui qui rentre qui qui rentre pas. Ne cherchez pas la moindre logique à leurs réactions, ce serait perte de temps et froissage des synapses.

On va essayer d’imager tout ca avec le charmant imaginaire proposé par nos amis les jeux vidéos :

J’expose la situation initiale : Vous êtes Mario, le projet c’est peach la princesse tebê qui se fait continuellement enlever et qui vous remercie avec un délicat bisous sur la joue (notez que vous pouvez remplacer peach par Zelda), le méchant bowser sera joué par le client.

Votre but du jeu, c’est de sauver la princesse, franchir bowser pour le faire tomber de son pont, tout en s’arrangeant qu’il ne meurt pas (oui notez que bowser revient dans tous les marios, comme ganondor dans les zelda d’ailleurs). Votre parcours sera bien sur parchemé d’embuche (8 mondes de 2 à 3 niveaux chacun pour Mario).

C’est bon ? Vous voyez le délire ? Bon alors maintenant, imaginez que vous n’ayez pas de warp zone, que vous êtes unijambiste, que manger des champignons ou des fleurs vous rende malade. Vous y êtes ? Bon et bien voila, vous êtes dans la peau d’un freelance acceptant son premier contrat avec son premier client.

Plus on s’approche du but, plus la princesse se barre en loose et plus les niveaux deviennent difficile et prise de tête. Laissez moi vous expliquer le déroulement.

Prise de contact avec le client :

- Bonjour, j’ai vu votre site, il me plait bien, je voulais savoir si vous pouviez me realiser un site ?

- Bonjour, oui bien sur, c’est mon métier, je peux vous faire un site selon vos critères et ce pour pas trop cher.

Et paf, voila déjà deux erreurs flagrantes dans votre première phrase. Bon alors, dire bonjour, c’est pas vraiment une erreur, ce n’est que de la politesse mais par contre dire que c’est son métier et que ce ne sera pas trop cher. Mais vous croyez qu’il vous appelle pour quoi ? Pour que vous veniez lui réparer son evier ? Bien sur qu’il sait que vous êtes spécialisé dans le web, puisque c’est vous même qui dans votre site le dites. Et dire que ce n’est pas cher… Vous ne savez même pas ce qu’il va vous demander. Vous aurez l’air malin si il vous demande de faire LE concurrent de facebook. Ne soyez pas crétin avant même d’avoir entendu ce que le client a à vous dire.

Stupido

Stupido

Reprenons :

- Alors voila, il me faudrait un site, tout ce qu’il y a de plus simple, pour mon activité professionnelle.

- Oui bien sur, un site static ?

- Oui en gros.

Analysons ces 3 répliques. Le “tout ce qu’il y a de plus simple” vous expose déjà un premier élément important :

  • a) Le client ne connait rien au web
  • b) Le client ne sait pas ce qu’il veut
  • c) vous êtes tombés sur le client qui connait mieux votre métier que vous
  • d) vous êtes tombés sur un client qui vous demandera toujours de rajouter “des petits trucs” et qui vous demandera si c’est long de changer ce lien.

A vous de choisir une des 4 solutions. Les pires étant la c et la d.

La deuxième partie étant votre réponse pseudo-pro donnant un nom technique à quelque chose que le client aurait pu comprendre si vous aviez dit une “vitrine de votre activité”. Vous avez opté pour le mot static… pas de chance, le client vous répond oui. Vous pouvez être sur à 80% que la personne à qui vous avez à faire, ne sait pas ce qu’est un site “static”, et ce n’est pas en lui expliquant qu’il est fait en html plutôt qu’en un autre langage qu’il va y voir une différence.

Vous êtes donc tombé sur le type a à tendance b. Il n’y connait rien et ne sait peut être pas vraiment ce qu’il veut. Clairement, il va falloir être très précis avec ce client et voir absolument tous les points à éclaircir. N’hésitez pas à poser des questions qui puissent paraitre un peu crétines genre “Ce site devra/pourra il être mis à jour ? Si oui régulièrement ? Si oui, doit il être mis à jour par vous ou par moi ?”. Cette question ridicule vous amène gentiment sur la question de l’administration du site. Soyez très précis sur les demandes : “Le site doit il être multilangue, y a t’il une intro en flash, y a t’il un soucis de référencement ?

Premièrement, cela vous aidera à fixer un devis, cela permettra de rassurer le client, et surtout vous saurez où vous allez. SI possible, demandez lui un cahier des charges assez complet que vous signerez. Ainsi, à chaque ajout de la part du client vous serez en droit de modifier le devis final…

Manque de bol pour vous, tout ça, vous n’y pensez pas forcément avec votre premier client (rappelez vous DIEU) :

- Donc vous voulez un site static vitrine qui présente votre activité ?

- Oui, et vous savez ce serait bien qu’il y ait des animations pour les présentations, et qu’il y ait un google map pour la localisation. Il faut que je sois premier sur google, et puis ce serait pas mal que je puisse mettre à jour facilement le site sans repasser par vous.

- oui oui bien sur.

Et pan pownage powa. Vous êtes tombés sur un mec qui sait ce qu’il veut mais qui n’y connait rien. Pour lui, un menu à modifier représente le même travail que de faire un site multilangue. A vous, d’éviter que ça parte dans tous les sens.

Objectivement, le premier client est certainement celui où vous réaliserez le plus d’erreur dans votre communication avec lui, il ne faut pas le prendre pour un con, mais il ne faut pas non plus le considérer comme quelqu’un étant à l’aise avec votre univers. Vous ne faites pas le même travail, vous êtes censés lui apporter les solutions en lui expliquant bien les différences entre les différentes taches que vous aurez à réaliser.

Dans ces temps de “C’EST LA CRISE SA MERE”, vous pouvez être confronté au problème des clients “si tu avances quand je recule comment veux tu comment veux tu”. A savoir, un client qui vous allèche avec un projet intéressant mais qui derrière ne veut pas mettre la main à la poche en pretextant que “les temps sont mega dur”.

Les temps sont durs pour tout le monde

Les temps sont durs pour tout le monde

Exemple concret d’un mail que j’ai reçu :

“Bonjour, savez vous faire un site dans ce genre : “http://www.ogame.fr” , j’ai un budget de 1000€ ce quie je pense est largement suffisant pour la bonne réalisation d’un concurrent direct.”

Ah bah ouais bien sur, je vais me faire ça ce soir, ça tombe bien d’ailleurs, j’avais deux trois heures à tuer. En plus 1000€ trop bien quoi, ca va me permettre d’acheter les 60 serveurs nécessaire à la gestion du flux d’utilisateur connecté en même temps. Nan mais oh, vous voulez pas que je fasse gaiaonline pour 1200€ aussi tant que vous y êtes.

Ce n’est pas car c’est la crise que vos travaux doivent pour autant être au rabais. Votre travail a une valeur, à vous de la justifier et de l’expliquer. Bien sur la réponse plus haut est excessivement méchante et ce n’est pas du tout celle que j’ai envoyé au client. Mais montrez vous tout de même incisif. Je ne pense pas qu’on puisse aller voir un plombier en lui disant de mettre des canalisations en or pour 500€ car les temps sont durs…

Allez, c’est tout pour aujourd’hui, la suite un autre jour.


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